Le pastel

Le bâton de pastel est un bâtonnet de couleur ressemblant à un bâton de craie.

 Il est composé de pigments naturels, minéraux, organiques ou chimiques, de charge (craie ou charbon) pour foncer et éclaircir, et d’un liant fait de gomme adragante ou de gomme arabique. Aujourd’hui on utilise aussi des pigments chimiques.

Les pigments sont inaltérables.

 

Charles- Louis Gratia, un des grands pastellistes de XIX ème siècle, né à Rambervillers dans les Vosges, nous dévoile dans son Traité du Pastel que les pastellistes utilisaient aussi les écailles des ailes de papillon, le pollen des fleurs et la poudre d’or !

Si l’utilisation du pastel dans l’art date du début de la Renaissance et si au XVII ème siècle le roi Louis XIII lui-même " croquait " ses courtisans au pastel, c’est au XVIII ème siècle que le pastel a atteint son apogée avec Maurice Quentin de la Tour, le talentueux portraitiste du roi (voir les détails ainsi qu’une petite histoire du pastel en Lorraine).

Il existe à ce jour une vingtaine d’associations de Pastellistes en France dont la Société des Pastellistes de France et autant dans le monde.

 

De grands peintres modernes du début du XXème ont peint aussi au pastel comme Odilon Redon, Mary Cassat, Toulouse- Lautrec, Edgar Degas , Pablo Picasso …

Et le pastel contemporain est en plein essor avec Sam Szafran, Nadine Cosentino, Ylag, Mâkhis Xenakis entre autres.

Voir le site très complet à ce sujet de l’artiste et spécialiste du pastel Noun, www.pastel-noun.com

 

Le pastel est vraiment une technique à part dans le domaine de l’art graphique :

C’est le seul médium qui permette de jouer si subtilement sur l’intensité de la couleur et de la lumière : il contient en effet entre 90 et 95 % de pigment, l’huile et l’acrylique en contiennent 40 % et l’aquarelle 5%.

Chaque grain de pigment du pastel est un filtre qui renvoie une fréquence lumineuse pure. C’est pourquoi il y a une telle puissance de la couleur et une résistance dans le temps supérieure aux autres techniques. On a retrouvé des pastels en excellent état de plus de 400 ans d’âge !

 

Il reste en France 2 endroits où on fabrique encore des pastels roulés à la main :
-La Maison Roché à Paris
-l'Artisan-Pastellier à Albi.

La fabrication artisanale des bâtons de pastel, entièrement à la main, par Isabelle Roché et Margaret Zayer, à la Maison du Pastel à Paris

Suivre également le lien ci-dessous:

http://www.lamaisondupastel.com/product.php

Nouvelle boutique en ligne: https://lamaisondupastel.com/shop/


L'Artisan Pastellier est né en 2000 de la rencontre de deux talents, un ingénieur chimiste et une historienne de l’art. Il propose divers produits authentiques à base de couleurs naturelles, minérales et végétales, déclinés en gammes pour les arts et la décoration.

L’Artisan Pastellier est une petite entreprise composée de trois personnes. Jean-Rémi Hot et Didier Boinnard, artisans pastelliers fabriquent et teintent artisanalement dans l’atelier graulhetois « pays de cocagne ». Cathy Jacob s’occupe quant à elle de commercialiser les produits dans une boutique nichée au cœur du vieil Alby.

 

« Le pastel est notre produit de référence. Il donne aux étoffes des bleus authentiques et raffinés. Avec son pigment bleu nous fabriquons de l’encre pour les arts, de l’aquarelle extra-fine, plusieurs gammes de pastels, sans oublier des peintures pour la soie et les tissus » explique Didier Boinnard. Le savoir-faire de ces deux artisans ne s’arrête pas là puisqu’ils ont développé des produits destinés spécifiquement aux beaux-arts. Pour ce faire, ils ont dû élargir leurs gammes de couleurs. « Nous avons mis au point quatre séries d’encres de calligraphie, des pastels à l’huile dont l’onctuosité est très appréciée, des cires à cacheter, des aquarelles extra-fines au miel ou des pigments en pots prêts à l’emploi » raconte Jean-Rémi Hot. Ces fabrications de couleurs inédites pour artistes ont permis à l’entreprise tarnaise de devenir un sous-traitant de marques connues et de créer des produits innovants adaptés à leurs demandes. Autre nouveauté, le catalogue de la petite entreprise s’est étoffé dernièrement avec la mise sur le marché d’une soixantaine de pastels tendres et d’une gamme de peintures écologiques pour la décoration intérieure.

L’Artisan Pastellier se démarque par un savoir-faire garantissant le caractère original et artisanal des produits, et leur qualité "haut de gamme" dans le respect et la connaissance des normes environnementales européennes. Aucun solvant n’est utilisé, les couleurs naturelles et les recettes « d’autrefois » sont privilégiées dans chaque fabrication.

Fabrication des pastels de l'Artisan-Pastellier.

Le broyage de la pâte au tricylindre permet de fabriquer des pastel dits extras-fins.


Historique lorrain du pastel

La Lorraine et l'histoire du pastel par Chantale CALAND

La Lorraine et l’histoire du pastel par Chantale CALAND

 

Si l'on peut considérer certains procédés de l'art préhistorique, réalisé par nos ancêtres sur les parois des grottes, comme les premières apparitions de la peinture au pastel (les poudres de couleur utilisées étaient des minéraux ou des végétaux broyés), c'est vraisemblablement à la fin du Moyen-Age et au début de la Renaissance que le pastel a été utilisé en peinture, comme rehauts de couleurs de leurs dessins.


Heraclius (Portrait d'Isabelle DesteXe-XIe siècles) dans son traité, donne une recette de ce que l'on peut considérer comme celle du pastel : "l'indigo Bagadel et le blanc d'Espagne sont mélangés, pilés sur une pierre dure, liés avec du blanc d'œuf ou de l'eau gommée". Cennini dans « Libre de l'Arte » (1437), donne une recette très voisine pour contrefaire l'azur d'Allemagne. Les premières sources citent en France un portrait au pastel de Jouvenel des Ursins, réalisé par Jean Fouquet vers 1465. Léonard de Vinci attribue à Jean Perréal, la révélation de la technique de la coloration à sec (folio 247 du Codex Atlanticus, Milan, Bibliothèque Ambrosiana vers 1495). Il réalisera la même année à Mantou le célèbre portrait d'Isabelle d'Este (illustration), dessins utilisant la coloration à sec qui nous soient parvenus. On peut encore citer Il Barrochio, et Hans Holbein de l'école allemande.
On trouve, entre autre, l’une des premières recettes de fabrication du pastel dans le « Syntaxeon mirabilis artis » en 1574 de Petrus Grégorius, qui fut professeur de l’université de Pont-à-Mousson sous Charles III duc de Lorraine.

Au XVIème siècle, on peut considérer que c'est Catherine de Médicis, alors dauphine de France soutenue par le roi son beau-père, qui imposa le pastel en demandant que les portraits soient ressemblants, ce qui poussa les peintres à utiliser la « peinture sèche », nom donné au pastel à l'époque (issue des techniques de l'enluminure), pour colorer leurs dessins à la sanguine et à la pierre noire, avec des ocres, ou encore de la « fleur de pastel » des teinturiers, ...

Louis XIII pratiqua le pastel, il aimait croquer ses courtisans, cela lui apportait un peu de détente dans les moments difficiles de son règne. Un de ses pastels, le portrait de Claude Derruet, peut être vu au musée lorrain de Nancy, un autre au musée du Louvre. À cette époque on peut dire que Charles Le Brun, Joseph Vivien, Robert Nanteuil ont montré les plus belles qualités à la pratique de ce médium.

L'art du pastel atteint son apogée au XVIIIème, le siècle des Lumières, notamment avec les portraits de Louis XV et de la famille royale, de Voltaire et de J.J. Rousseau par Maurice Quentin de la Tour, portraitiste du roi, surnommé à juste titre « le Prince des pastellistes ». Charles Blanc, critique d'art, dira de lui : "Dans ses portraits, les yeux brillent, les cheveux se soulèvent, les narines respirent, le front pense." Se distinguent également par la qualité de leurs œuvres Jean-Siméon Chardin (ill.), Jean-Baptiste Perronneau, Jean-Baptiste Liotard, en Italie, Rosalba Carriera entre autres. De nombreux portraits sont notamment visibles au musée Carnavalet ou au musée de Saint-Quentin dans l’Aisne.

Technique essentiellement vouée à l'art du portrait à cette époque, le pastel sec s’impose à partir de 1720, principalement par les qualités exceptionnelles de ce médium subtil et délicat qui permet, grâce à l'estompe et au talent du peintre, d'obtenir un rendu transparent et velouté de la peau et magnifie les jeux d'ombre et de lumière dans les velours et les soieries, à l'égal des plus beaux tableaux à l'huile. L’attrait des peintres pour ce médium s’explique par la rapidité d’exécution qu’il permet, par l’apparition de nouveaux pigments (passage de l’alchimie à la chimie), par l’invention du fixatif, et encore, par les progrès de la production du verre plat permettant enfin la parfaite conservation des œuvres.
L'engouement pour le pastel est tel que la plupart des nobles, des bourgeois, des officiers, des notables veulent à tout prix leur portrait au pastel ! On aurait dénombré plus de 200 pastellistes à Paris à cette époque !

Notre terre de Lorraine vit naître Charles-Alexis Huin, vers 1735 à Nancy, qui deviendra un pastelliste passionné (ill.). Il s'installe à Strasbourg en 1759, fabrique des bâtons de pastel et les vend dans son atelier, rue du Tonnelet, près de la cathédrale. Il a été décrit comme un "élève oublié de Quentin Latour". Il peint avec talent les nobles de son époque et surtout leurs enfants. Un portrait de sa fille Cunégonde, réalisé en 1785, se trouve à la bibliothèque humaniste de Sélestat, deux autres portraits (un médecin et une gouvernante) au musée des Arts Décoratifs  de Strasbourg (source : Archives Alsaciennes). Il décède à Paris en 1796.

Le pastel (et l’aquarelle) font partie de l’éducation, ils sont enseignés à la cour des rois, aux jeunes princes et princesses, et deviennent l'apanage des élites. Considéré comme l'art de la noblesse, il tombe de ce fait en désuétude avec la tourmente révolutionnaire française. Avec le second empire, le XIXème siècle voit revenir en douceur la pratique du pastel. Séduits et inspirés par les pastels de Jean-François Millet, les artistes renouvellent leurs sujets, et l'on voit naître des scènes de genre, de rue, de nature, militaire ou inspirées de l'antiquité …

En Lorraine, Théodore Fantin-Latour, né en 1805 à Metz, portraitiste pastelliste, fit une carrière honorable et exposa régulièrement en France entre 1842 et 1866. Il étudia le dessin dans l'atelier du peintre Benjamin Rolland à l'école de Grenoble. Il donna à son jeune fils né de son mariage avec Hélène de Naidenhoff, fille adoptive de la comtesse Zoloff, ses premiers cours de dessin; celui-ci deviendra à Grenoble un peintre à l'huile de renom, Henri Fantin-Latour. Il décédera en 1872.

Dix ans après Théodore Fantin-Latour, en 1815, naîtra à Rambervillers dans les Vosges, Charles-Louis Gratia, qui fut un des grands pastellistes de ce siècle. Il entra à l'école des  Beaux-Arts à Paris. Il se spécialisa dans le pastel et en devint un maître incontesté (il sera le portraitiste des enfants de Louis-Philippe). L'historien d'art Charles Blanc a écrit sur son œuvre : "Il n'a pas de rival dans son genre, il sait lui donner la vigueur des coloris, l'harmonie, la chaleur de ton unie à la fraîcheur et au velouté des teintes. Il est en effet un maître et La Liseuse (ill.) a provoqué bien des imitations." Exilé en Angleterre avec sa famille, il travaille pendant deux ans à composer des crayons pour la grande fabrique Neuman, où il broyait des pigments colorés. Neuman, voyant sa valeur, le sortit de l'ornière et l'aida à exposer. Son nom et sa réputation s'imposèrent rapidement. Il installa domicile et atelier au palais du cardinal Wiseman. Il fit une brillante série de portraits, dont celui de la reine Victoria, La Liseuse, réalisé en deux exemplaires dont un pour son fils, est visible à la Questure de la Chambre. C'est le portrait de sa fille Louise, 19 ans. De retour en France, à Lunéville, après le décès de Louise et son divorce, il fit encore les portraits de George Sand, de la baronne de Rothschild et de Mgr Lavigerie, alors évêque de Nancy. Il donne des cours dans son atelier. Il envoie à l'exposition universelle de 1900 un douloureux "ecce homo" remarqué (ill.). Auteur d'un traité de la peinture au pastel (1891, ill.), dans lequel il insiste sur la qualité des bâtons de pastel qu'il fabrique lui-même et dont il donne les recettes (format 21/15 cm, 50 pages, quelques extraits joints prochainement). Une très grande toile d'un de ses élèves le représentant avec sa famille est visible sur les murs de la salle des fêtes de Rambervillers. Quelques-unes de ses œuvres peuvent être admirées au Musée Lorrain de Nancy. Il est également à l'initiative de la création de l'Association des Artistes Lorrains en 1892 qui perdure de nos jours et expose les artistes contemporains toutes techniques confondues chaque année dans la magnifique salle Poirel de Nancy. Il meurt à 95 ans, en 1911 à Montlignon, dans un grand dénuement, dans une maison de retraite pour artistes (il n'existait pas de système de protection sociale pour les artistes à cette époque).

 

Une rupture dans la façon de peindre a lieu vers 1860, au moment où l'avènement de la photographie permet de reproduire exactement la réalité. En peinture les courants académiques et avant-gardistes s’opposent, annonçant le mouvement impressionniste.


En Lorraine c'est avec le mouvement de l’École de Nancy que s'amorce l'Art Nouveau.

En 1885, Roger Ballu, membre de l'Association des artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs du baron Taylor (aujourd'hui Fondation Taylor) crée la « Société de Pastellistes Français », première société de pastellistes au monde, avec entre-autres membres Albert Besnard, Ernest Duez, Henri Gervex, Emile Levy, … C’est le succès immédiat. Avec la première guerre mondiale un grand nombre de pastellistes ont disparu. C’est la fin de la mode du pastel qui laisse la place à l’art contemporain et ses nouvelles techniques. En 1929, avec le décès de son dernier président Henri Gervex la société, qui n’exposait plus qu’épisodiquement, disparait.


En 1984, Jean-Pierre Mérat, passionné de pastel, crée et devient le président de la « Société des Pastellistes de France ». Elle forme de nouveaux artistes et fait connaître le pastel à travers des expositions internationales prestigieuses. La société fait alors la conquête des amateurs d'art du monde entier et continue sa croisade depuis 2010 avec sa nouvelle présidente, Liliane Desmaret.

 

De nombreuses associations de pastel voient le jour en ce début du XXIème siècle, en France comme à l'étranger (on dénombre plus de 40 sociétés de pastellistes dans le monde), signe du dynamisme des artistes pastellistes et du renouveau incontestable de l'art du pastel. Aujourd'hui les peintres exploitent le pastel avec une intense créativité et une absolue liberté, tant dans les sujets, les couleurs ou le style. Le figuratif et l'abstrait se côtoient avec bonheur dans les expositions, seules importent la qualité de l'œuvre, l'habileté du peintre et l'émotion ressentie.

 

Au niveau international, Sam Szafran, Pierre Skira, Hans Hartung (ill.), Salvador Olmédo,  Margaret Glas (ill.), Gil Dellinger, Gwenneth Barth, Ken Paine, Claude Texier (ill.), Chris, entre autres, tiennent le haut de l'affiche.

On peut voir également le nom de prestigieux maîtres pastellistes sur le site de la Société des Pastellistes de France, ainsi que les plus beaux talents contemporains sur le site de l'artiste Noun et de l’association Art du Pastel en France.

 

..............et sur ce site les talents déjà reconnus de pastellistes lorrains et des talents tout à fait prometteurs.....

..............L'histoire du pastel, une belle aventure humaine, à suivre........

 

Chantale CALAND

 

L'auteur de cet article remercie Yves Anfreville, illustrateur et professeur de dessin, arrière-arrière-arrière-petit-fils de Charles-Louis Gratia pour l'amabilité avec laquelle il a accepté de répondre à nos questions concernant son trisaïeul et pour les informations précieuses qu'il nous a communiquées.


Elle remercie également Noun, artiste peintre pastelliste et érudit, spécialiste de l'histoire de l'art du pastel, qui a supervisé ce travail et qui a  accepté que l'on puise dans ses textes.

L'auteur s'est  également inspiré des sites suivants, magnifiquement dédiés au pastel :